CTC – Les syndicats à la Banque du Canada : ne haussez pas les taux d’intérêt

OTTAWA – L’Enquête sur la population active de Statistique
Canada, pour le mois de mars, semble nous montrer une économie en
croissance malgré la plupart des nouveaux emplois créés ne soient
pas à temps plein, permanents et bien payés. « Tant que cette
situation perdure, la Banque du Canada se devra de résister aux
suggestions de hausser les taux d’intérêt que font des spéculateurs
des milieux financiers, » dit Ken Georgetti, président du Congrès
du travail du Canada. « Une telle hausse aura effet de paralyser
les secteurs qui offrent les bons emplois bien payés. » (Voir
ci-dessous l’analyse de l’économiste-en-chef Andrew Jackson.)

« Au cours des quatre dernières années, les
prix élevés de l’énergie, la valeur élevée du dollar et la
détérioration des déficits commerciaux avec l’Asie ont forcé
beaucoup d’usines canadiennes à réduire leur production, mettre à
pied leurs employés ou fermer tout simplement. En moyenne, ces
usines offrent de bons emplois avec des salaires de 21 $ l’heure
capables de subvenir aux besoins des familles. Les nouveaux emplois
créés offrent généralement des salaires beaucoup plus bas. Nous
estimons que 2,5 milliards de dollars sont perdus pour l’économie
intérieure du pays à cause de la perte de bons emplois, » explique
monsieur Georgetti qui a rencontré la semaine dernière le premier
ministre Harper et lui a demandé de nommer un groupe de travail de
haut rang qui établirait un plan national pour soutenir et
consolider le secteur manufacturier.

« L’aspect bonnes nouvelles des statistiques de
l’emploi ne devrait obscurcir à la Banque du Canada le fait que
pratiquement la moitié des nouveaux emplois sont à temps partiel et
dans des secteurs où les salaires sont bas, » conclut monsieur
Georgetti.

Données sur le chômage

Une bonne augmentation du nombre de personnes qui entrent sur le
marché du travail a maintenu le taux de chômage à 6,1 % malgré la
création de 55 000 nouveaux emplois. Le taux d’emploi chez les
femmes atteint un sommet sans précédent à 59 % parce qu’en mars,
les femmes adultes, 25 ans et plus, ont obtenu 39 000 des nouveaux
emplois créés. Le nombre de Canadiennes et Canadiens qui veulent un
emploi et n’arrivent pas à en trouver s’élève à 1 094 400 personnes
(données désaisonnalisées).

Analyse de l’économiste-en-chef Andrew Jackson

  • Les statistiques de l’emploi d’aujourd’hui sont une bonne
    nouvelle et suggèrent une économie en croissance plutôt que le
    contraire. L’emploi est remarquablement à la hausse avec 55 000
    emplois. Le taux de chômage reste plutôt bas à 6,1 % et les
    salaires réels augmentent modestement. En tout et partout, cela
    dépasse les attentes et les femmes en particulier s’en sortent
    bien. Elles ont un taux record d’emploi au mois de mars.
  • La mauvaise nouvelle est le danger réel actuellement que la
    Banque du Canada décide de hausser les taux d’intérêt pour ralentir
    délibérément l’économie. Cela fera encore augmenter la valeur déjà
    élevée du dollar canadien et aggravera la crise que nous vivons
    dans le secteur manufacturier. Le gouverneur de la Banque, monsieur
    David Dodge, et les courtiers en obligations de Bay Street
    devraient s’attarder à certains signes de faiblesse que cachent à
    peine les statistiques du marché de l’emploi.
  • Presque la moitié des nouveaux emplois créés le mois dernier
    sont à temps partiel. On les retrouve surtout dans les domaines du
    secteur privé où les salaires sont en général assez bas tel le
    commerce en détail.
  • La crise continue du secteur manufacturier perdure. L’Ontario
    ajoute 5 000 emplois au bilan de ces pertes au mois de mars, et il
    y a peu d’amélioration au Québec par rapport aux pertes massives du
    mois précédent.
  • En tenant compte de l’inflation, le salaire horaire augmente de
    moins de 1 % comparé à l’année dernière ce qui n’est pas vraiment
    un signe de marché de l’emploi serré.

Ces bonnes nouvelles sont modestes. Elles ne devraient pas
susciter des craintes que notre économie fonctionnerait à pleine
capacité.